Les Lectures Voyelles

Les lectures Voyelles de Philippe Aurèle présentent :

LA VINDICTE DU CORBEAU

de Philippe Deniel

Éditions Pulp Factory

 

Couverture : Axelle Bouet

 

Parution : décembre 2017

ISBN : 979-10-97296-02-5

Genre : Uchronie Fantasy

Format : broché

 

Prix : 15,00€ / 278 pages

 

Résumé éditeur :

1780 : Une mystérieuse race extraterrestre, les Dryades, propose à Louis XVI un pacte qu’il ne peut refuser, faisant de la France la première puissance du Vieux Monde.

1815 : Thierry de Chambreuil, capitainedu (sic) corps des Mousquetaires Noirs se voit proposé (sic) par l’ambassadeur Cérès une mission d’apparence anodine, mais qui pourrait bien fragiliser les relations entre le royaume et ses alliées d’outremonde. Il ignore que des agents du traître Lafayette, le dirigeant des renégats de Nouvelle France, ont traversé l’océan. Avec l’aide de) la magie ancestrale des Hurons, et des redoutables créatures qui les accompagnent, ils ont ourdi un terrible complot qui pourrait abattre la plus grande monarchie européenne. Assisté par Dame Thalie, la Dryade rebelle, Thierry de Chambreuil saura-t-il triompher de la Vindicte du Corbeau et découvrir la vérité qui se dissimule dans l’ombre ?

 

Comment ce livre m’est-il tombé entre les mains ?

Je connais Philippe Deniel depuis 2015 : nos nouvelles respectives étaient en compétition dans le cadre du Prix Mille Saisons 2016, au sein de l’anthologie « La Cour des Miracles ». A mon humble avis, la nouvelle de Philippe, « Nouveaux Alliés » était la meilleure des vingt textes du concours ; sauf que je n'ai pas été écouté car c’est la mienne, « Atrium Miraculorum », qui l’a emportée. Il n’empêche que j’ai toujours espéré voir l’univers présenté par Philippe développé sous forme de roman, tellement je l’avais adoré. C’est dire si mon impatience était grande et mes attentes hautes lorsque j’ai enfin pu commander ce graal.

 

Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?

« La Vindicte du Corbeau » est un roman de cape et d’épée qui a pour cadre un XVIIIe siècle uchronique, à la façon de « Les Lames du Cardinal » de Pierre Pevel. Point de dragons à l’horizon cependant, mais deux races extraterrestres antagonistes – les dryades et les follets – qui s’affrontent par humains interposés, les premières prenant fait et cause pour le royaume de France de Louis XVI – qui sauve ainsi sa tête et conquiert une bonne partie de l’Europe, Angleterre comprise – les autres pour l’Amérique de Lafayette et ses alliés hurons.

L’univers présenté est particulièrement riche, puisque nous nous retrouvons à la croisée de chemins entre un roman de cape et d’épée, une uchronie d’autant plus ambitieuse que le cours de l’Histoire est modifiée par des extraterrestres à une époque où leur existence n’avait pas encore été envisagée et une Fantasy qui fait appel à des créatures que nous croyions connues, dryades et loup-garou. La force de Philippe Deniel est d’avoir réussi à rendre l’ensemble cohérent et vraisemblable (pour des lecteurs habitués aux littératures de l’imaginaire tout du moins).

 

Conformément aux lois du genre, le récit fait la part belle à l’action, sans avoir réussi à complètement m’embarquer, la faute, selon moi à un choix de narration au présent et à la première personne qui donne le sentiment que le narrateur commente ses propres actions et à des descriptions trop souvent placées en tête de paragraphes et donc pas assez intégrées à l’histoire elle-même :

 

 « Les jardins du Trianon sont situés de l’autre côté du domaine de Versailles. En vertu du protocole en œuvre à la Cour, je ne m’y rends pas à pied ni à cheval, comme le ferait un simple domestique, mais j’emprunte une calèche.

Je découvre là-bas de petits bâtiments édifiés au milieu des parterres. Ils évoquent ceux d’un corps de ferme, et certaines parcelles prévues à l’origine pour accueillir une stricte décoration florale sont consacrées à la culture potagère. Durant leur construction, ils avaient soulevés les plus vives critiques à l’égard du Roi Louis et de la jeune reine Marie-Antoinette. La rancœur du peuple envers « l’Autrichienne », déjà exacerbée par les émeutes et la famine était alors à son paroxysme. C’était avant l’arrivée des arbres-nefs et l’alliance avec les Dryades. Aujourd’hui, plus de vingt-cinq ans plus tard, la mère des deux dauphins était presque aussi populaire que son défunt époux.  »

 

Les personnages principaux ne sont pas non plus le point fort du roman : je les ai trouvés beaucoup trop sombres ou neutres ; ils manquent à mon sens d’un peu du panache et de la bravade gasconne qui ont fait les délices des lecteurs de « Les Trois Mousquetaires » d’Alexandre Dumas père, du « Capitaine Fracasse » de Théophile Gautier, de « Le Bossu » de Paul Féval ou encore de « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand. Les Chevalier d’Herblay (Aramis), Baron de Sigognac, Chevalier de Lagardère et bien sûr Cyrano de Bergerac ont tous leur part d’ombre mais l’addition de leur noirceur n’égale pas celle du capitaine des mousquetaires Thierry de Chambreuil.

 

Il aurait sans doute été possible de renouveler le genre en mêlant un peu d’Elric de Melniboné à ce nouveau d’Artagnan, mais le héros de Philippe Deniel n’a que peu de doutes ou d’états d’âme ; en a-t-il seulement une ? Ce parti-pris de l’auteur aurait pu être compensé par un faire-valoir créé de toute pièce pour apporter un peu de lumière, de folie ou d’humour (non, pas Jar-Jar Binks), mais ceux qui existent n’apparaissent que de manière trop épisodique pour jouer pleinement leur rôle.

 

Le personnage le plus lumineux du roman est sans conteste Dame Thalie, une dryade, créature d’essence végétale à l’apparence humaine.  Sa nature végétale la contraint malheureusement dans l’expression de ses sentiments, perdant par là-même en intérêt ce qu’elle gagne en cohérence.

 

Les personnages antagonistes, le Vicomte de Favras, le colonel Gladstone, Nashoba, Tekoa et même le furet, montrent en comparaison plus de relief et de traits saillants sur lesquels s’appuyer pour les aimer ou les détester, bref, pour faire vibrer le lecteur. Ils n’apparaissent individuellement que trop peu dans le récit – comme les alliés de Dame Thalie et Thierry de Chambreuil, d’ailleurs – pour que l’on s’y attache véritablement et contrebalancer le manque d’empathie que l’on peut ressentir pour ces derniers.

Je ne dirai rien, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, des grands méchants de l’histoire, si ce n’est qu’ils sont plusieurs. C’est très certainement un autre point fort de ce roman : Philippe Deniel nous balade en permanence sur les tenants et aboutissants de l’intrigue de ce roman, mais j’en reparlerai plus bas.

N’ai-je vraiment que des critiques à apporter sur ce roman, vous demandez-vous peut-être ? Que nenni, je ne fais qu’appliquer l’adage « Qui aime bien, châtie bien ». Il se trouve que Philippe est un ami et, comme je l’ai dit plus haut, mes attentes vis-à-vis de ce roman particulièrement hautes tant j’avais aimé « Nouveaux Alliés ».

 

Écriture c’est comme confiture, surtout les cinq dernières lettres

J’ai été un peu surpris du choix du présent et de la première personne pour la narration, compte-tenu du contexte historique. Pour tout dire ce choix m’a un peu dérangé : à une époque où la langue était soutenue, l’usage du passé-simple et un saupoudrage d’imparfait du subjonctif eut été du plus bel effet et aurait permis une immersion plus grande dans le siècle. Ceux qui ont connu mes positions passées sur le sujet vont me dire que je me moque du monde… Fi donc ! Il ne suffit pas d’employer le passé simple, encore faut-il en user à propos.

 

Je me suis replongé dans « Nouveaux Alliés », la nouvelle parue dans l’anthologie « La Cour des Miracles » qui n’est pas sans rappeler le premier chapitre de « La Vindicte du Corbeau », pour vérifier si mes souvenirs ne m‘avaient pas joué des tours et si mon engouement pour cette nouvelle n’avait pas évolué : si le choix du temps et de la personne étaient déjà les mêmes, les descriptions y étaient mieux intégrées à la narration et la langue plus soutenue. En comparaison le style du roman parait plus plat, sans que ce soit rédhibitoire pour autant (si ce n’étaient les multiples coquilles et fautes de français qu’aucune correction n’a mises à jour, mais j’y reviendrai plus tard).

 

« Je suis seul et ils ont (sic) nombreux. Bien que je dispose d’une force et d’une vitesse bien supérieure (sic) à celles du commun des mortels, je serai mort avant de les avoir tous défaits, mais ma cible est ailleurs. »

 

Intrigue, deux trigues, trois trigues

Qui sont véritablement les dryades et que sont-elles venues chercher sur notre planète ? L’auteur nous ouvre des pistes qui tantôt ouvrent de nouvelles perspectives et tantôt s’avèrent être des culs de sac.

A l’intrigue principale, narrée par Thierry de Chambreuil, s’ajoutent des ramifications secondaires portées par de multiples personnages de second plan, qui donnent au lecteur l’impression de s’être perdu dans une forêt dense, pas toujours enchanteresse, mais cohérente et diablement intéressante.

Dommage que l’auteur n’ait pas reçu un peu plus d’aide…

 

L’Objet-livre, le verbe, sans les compliments

Je ne vais certainement pas me faire un ami, mais tant pis ! Je me rappelle avoir eu une discussion avec le fondateur de Pulp Factory à propos de la nécessité de faire appel à une correction sérieuse et, pour dire le mot, professionnelle. Lui prétendait qu’il n’en avait pas les moyens et que, finalement, sa maîtrise du français suffisait à la tâche ; j’ai le regret de lui indiquer que ce n’est pas évident dans ce roman et guère plus dans celui qui l’a précédé, « Le Mantra originel » de Frank Cassilis. Peut-on sérieusement proposer un ouvrage avec, en quatrième de couverture, pas moins de cinq fautes typographiques dans la mini-bio de l’auteur (oubli ou mauvais placement d’espace, point manquant) et deux autres erreurs (oubli d’espace et mauvaise conjugaison) dans le résumé ? Le texte de la quatrième de couverture n’est même pas justifié, ce qui n’aide pas à rendre l’ensemble plus professionnel et, cerise sur le gâteau, il y a même une erreur sur le code ISBN en fin d’ouvrage.

 

Dans le texte du roman, les fautes résiduelles sont beaucoup trop nombreuses et le travail éditorial sur la forme, très peu visible. L’utilisation très répétitive du mot « et », par exemple, aurait dû être signalée à l’auteur. J’avais déjà été frappé par le manque de travail éditorial à la lecture du roman de Franck Cassilis dans lequel de nombreuses tournures de phrases m’avaient fait grincer des dents. Je suis très loin d’être un Ayatollah de la langue française – et je ne me juge en aucun cas supérieur à mes confrères – mais j’invite tout le monde à découvrir ce que devrait être un travail éditorial au travers de l’interview de Coralie David par Vincent Mondiot sur le blog « Survivre la Nuit » :

 

Interview de Coralie David par Vincent Mondiot

 

Je comprends tout à fait que Pulp Factory ne puisse pas se permettre d’embaucher une éditrice ou un éditeur à temps plein, mais de nombreux étudiants en master d’édition cherchent des stages chaque année. Concernant le travail de correction, l’impasse qui a été faite me parait relever d’un pari risqué : de ce que j’ai vu sur la toile, pas grand monde n’a l’air choqué par ces « détails », mais, après deux expériences décevantes d’un point de vue technique, j’hésite personnellement à acheter un nouveau Pulp Factory, malgré des auteurs, titres et thématiques qui ont l’air intéressants.

Je vais très sincèrement souhaiter à Pulp Factory que je ne sois qu’un vieux ronchon isolé ; après tout, peut-être que les lecteurs de Pulp ont d’autres attentes qu’une langue trop travaillée ?

 

Universel et poivre

Quelques scènes de combat et de torture ne destinent pas ce roman à des ados de moins de 12 ans. Le public avide de romans purement historiques pourra se délecter de retrouver des personnages publics (Danton, Robespierre, Bonaparte, et d’autres) dans des rôles qu’ils ne leur connaissent pas mais l’omniprésence de Fantasy et de Science-Fiction tout au long du roman et pourra décourager les plus puristes d’entre eux. Pour tous les autres, les grands ados et plus, les amateurs des littératures de l’imaginaire, ce roman est fait pour vous.

Philippe Deniel ouvre très clairement la voie à un deuxième tome à la fin de « La Vindicte des Corbeaux », mais le roman peut malgré tout se lire comme un one shot.

 

Alors, Youpi ou Yucca ?

J’ai retrouvé avec plaisir dans « La Vindicte du Corbeau » ce mélange des genres – roman de Cape et d’Epée, Uchronie, Fantasy et Science-Fiction – qui m‘avait émerveillé dans « Nouveaux Alliés ». En dépit de cette accumulation qui peut paraître hétéroclite, l’univers imaginé par Philippe Deniel fonctionne très bien et vaut à lui seul la découverte. La complexité de l’intrigue et la capacité de l’auteur à nous envoyer sur de fausses pistes sont également l’un des points forts de l’ouvrage.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup moins aimé la forme que le fond : si vous êtes du genre à vous laisser embarquer facilement par les univers riches et complexes, je vous recommande chaudement ce livre. Si par contre vous êtes très exigeants avec la langue et ses règles d’orthographe, de grammaire et de typographie, alors je vous laisse seuls juges de votre intérêt pour ce roman.

 

Mon bilan personnel est donc mitigé avec, d'un côté, le plaisir de connaître enfin l'univers ébauché par Philippe dans "Nouveaux Alliés" et de l'autre le regret de ne pas avoir affaire à une langue plus aboutie ; mais il faut tenir compte de la très haute attente qui était la mienne. Je n'en souhaite pas moins à Philippe tous mes vœux de succès. J'attends la suite, mais attention ! Un homme averti en valant deux, j'en attendrai... trois fois plus ;)

 

« L’arme du Vicomte est de toute évidence l’œuvre d’un maître forgeron, son pommeau aux décorations subtiles et sa lame damassée sont des plus impressionnants. Son propriétaire la tient, pointe  en l’air, devant son visage. Une vieille manie d’épéiste, sans l’ombre d’un doute. Je fais de même, autant par politesse que pour le respect que j’éprouve malgré moi pour cet adversaire.

- En garde ! dit-il. »

 

 

En vente sur le site de Pulp Factory

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